Un « café de la colère »

Le personnel du CHU de Clermont-Ferrand mobilisé pour dénoncer le manque d’effectifs.

La Montagne le 16/06/2017

Un « café de la colère » était organisé ce jeudi après-midi au CHU Gabriel Montpied par une intersyndicale, alors qu’une dizaine de services sont en grève pour protester contre le manque de moyens et de personnel.

La blouse est blanche, mais le discours est noir. Une trentaine de salariés du CHU de Clermont-Ferrand étaient rassemblés cet après-midi à l’entrée pour un « café de la colère », pancartes autour du cou, tracts en main et fatigue en bandoulière. Une intersyndicale CGT-Sud-Unsa était à l’origine de cet événement, visant à faire partager les conditions de travail difficiles des agents au grand public.

« On parle d’humain, on nous répond en chiffres »

SOPHIE (Aide-soignante)

Une dizaine de services (aussi divers que les urgences, la médecine interne, la radiologie ou l’ophtalmologie) sont en grève en ce moment, ou en passe de l’être. Une grève dont les effets sont par nature limités, puisque la majorité des salariés sont astreints à travailler.

Puy-de-Dôme : les urgences du CHU de Clermont-Ferrand en grève (octobre 2016)

Cela fait plusieurs mois déjà que la colère gronde, les urgences étant en grève depuis octobre. Le problème remonte même à plusieurs années. « Je me souviens qu’un audit avait déjà été fait en 2010, qui pointait les mauvaises conditions de travail et la détresse de nombreux salariés » affirme Marie-Claudine Ferrara, de la CGT. Tout le monde, intersyndicale comme direction, s’accorde pour souligner que le problème n’est pas spécifique au CHU de Clermont, mais bien national. C’est là que le bât blesse, car face aux témoignages de fatigue du personnel, la direction ne peut que rappeler ses exigences financières.

Absentéisme et non-remplacements

« On parle d’humain, la direction nous répond par des chiffres » résume Sophie, une aide-soignante en médecine interne. « Je suis à l’hôpital depuis 17 ans, j’ai encore pas mal d’années à faire et je vois nos conditions de travail chuter d’année en année » s’émeut-elle avec une pancarte « Hôpital = € Et les patients dans tout ça ? »

Dans le viseur de l’intersyndicale et du personnel, un manque d’effectifs et de moyens pour « faire notre travail correctement ». Il est lié notamment à un fort taux d’absentéisme (12 % selon les syndicats, 10 % selon la direction), avec des absences remplacées en partie seulement (une sur deux pour les syndicats, deux sur trois pour la direction.

À l’hôpital, la grève est invisible

Les salariés qui restent témoignent ainsi qu’ils doivent parfois renoncer à des congés, revenir à 100 % pour ceux qui sont à temps partiel. Une source d’épuisement physique et mental, qui mène parfois le personnel jusqu’au « burn-out ». « Quand on est deux infirmières au lieu de trois, on sait que la moindre erreur peut faire boule de neige, et ça ne fait qu’augmenter la pression, résume Sophie », qui évoque aussi la difficulté à avoir du matériel en bon état.

 Les syndicats l’assurent, ils ne mènent pas seulement ce type d’action pour eux mais aussi pour leurs patients. « Alors qu’avant l’hôpital était synonyme de sécurité et de qualité, aujourd’hui les soignants comme les patients sont en danger. À l’hôpital, la grève est invisible, mais on essaie de faire entendre le message » résume Marie-Claudine Ferrara.

Autant de sources d’un malaise généralisé qui a mené  le personnel à ce « café de la colère », une étape avant « des actions ciblées au mois de septembre » assure Bruno Lassalle, le représentant de l’UNSA.

La direction se dit compréhensive mais évoque « un budget contraint »

La direction du CHU de Clermont-Ferrand assure qu’elle comprend les difficultés du personnel, mais que sa marge de manœuvre est très limitée.
« Il y a des mouvements de grève aujourd’hui dans un grand nombre de CHU en France, le phénomène n’est pas local, tout le monde a les mêmes difficultés » rappelle en préambule le directeur général du CHU (en poste depuis le début d’année) Didier Hoeltgen. Il rappelle que l’absentéisme est aujourd’hui le nœud du problème pour l’ensemble des CHU.

« On est aujourd’hui sur un taux d’absentéisme de plus de 10 % dans l’hôpital, ce qui représente 700 postes, ce n’est pas une goutte d’eau » continue-t-il. « Nous sommes en train de faire des études pour savoir d’où cet absentéisme provient exactement, mais on sait que la charge de travail, la fatigue, y sont pour beaucoup ». Un cercle vicieux, puisque l’absentéisme entretient la charge de travail du personnel… qui elle-même entretient l’absentéisme.

Face à cette mécanique infernale, la direction assure qu’elle fait tout « pour remplacer au maximum, mais c’est un effort considérable avec le déficit que nous avons.

On ne peut pas remplacer automatiquement un acteur par un acteur aujourd’hui. D’abord, parce que notre budget est très contraint. Ensuite, parce qu’il n’est pas forcément évident de trouver la bonne personne pour un remplacement. Une infirmière spécialisée dans un service néonatal ne se remplace pas facilement

Le directeur général se dit à l’écoute des témoignages de ses salariés. « Je me déplace régulièrement dans les services, je rencontre les organisations syndicales. Le dialogue est ouvert, avec toutes » insiste Didier Hoeltgen.

Dimitri Crozet et Clara Souty

 

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