Billet d’humeur de la semaine

Réanimation

Le virus circule toujours et le nombre d’hospitalisations qui était très faible, notamment en réanimation, augmente légèrement nationalement et de manière un peu plus marquée dans les Bouches-du-Rhône.
Mais pourquoi cette inquiétude de la part du gouvernement ? La réponse est facile à trouver. Après la crise, nous sommes revenus à notre nombre très réduit de lits de réanimation, soit 5 500 nationalement.
Ce qui représente un chiffre rapporté à la population très inférieur à ce qui existe dans d’autres pays qui, face à un nombre de patients similaire, n’ont pas connu la crise que nous avons subie avec la nécessité de stopper quasiment toute activité hospitalière pour ouvrir en catastrophe des lits réanimation.
Le ministre de la Santé après le pic de l’épidémie s’était félicité du fait que « l’hôpital avait tenu » et que le concept de « lits saisonniers » était la bonne solution.
Et bien, monsieur le ministre la vie vous donne tort. Il était prévisible que, sans parler de « deuxième vague », le nombre de malades atteints de la COVID-19 nécessitant une hospitalisation allait augmenter du fait du retour à une vie économique et sociale proche de la normale. Sans vaccin, avec uniquement les masques et une capacité à tester insuffisante et désorganisée, il était évident qu’il fallait mettre nos hôpitaux en situation de pouvoir augmenter leurs capacités en cas de besoin. Or rien n’a été fait, aucune ouverture de lits, pas de recrutement de personnel et un Ségur de la santé qui a largement déçu les professionnels.
Alors, oui, il manque des lits de réanimation à Marseille comme il en manque dans toute la France. Il y a urgence à former et à embaucher du personnel pour augmenter de manière conséquente nos capacités hospitalières. La politique du flux tendu, de l’ambulatoire et de la diminution des durées moyennes de séjour montre ici ses limites.
Un hôpital doit toujours disposer de capacités en réserve pour justement être prêt à gérer les situations de tension qui surviennent maintenant régulièrement, chaque hiver car il y a la grippe et chaque été car il faut chaud ! La logique productiviste doit cesser et il faut accepter qu’il y ait des lits vides avec du personnel qui a le temps de se former, de prendre ses vacances et aussi parfois de prendre des pauses.
Il s’agit de revenir au bon sens pour les services publics essentiels pour la population. L’application aux services d’incendie de la même logique qu’à l’hôpital signifierait la fermeture de nombreux centres de secours et l’envoi à la casse de nombreux engins car ils ne servent que trop peu souvent. Serait-ce acceptable ? Non, comme cela ne doit pas l’être pour les hôpitaux face à des situations de crise récurrentes et donc prévisibles.
Dr Christophe Prudhomme
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